
Room, Emma Donoghue, Stock, 2011
Voici une texte dense, intense, que nous pouvons comparer au magnifique "Attente du soir" de T. Arfel que l'on vous a tant conseillé. Le sujet est sombre et risqué puisqu'il s'agit d'une mère et de son fils retenus contre leur volonté dans une minuscule chambre de 3M2. La mère a été enlevée lorsqu'elle avait 19 ans et a accouché de son enfant qui en a désormais 5 lorsque le livre commence. Et c'est là que l'auteur réussit parfaitement son pari. Elle nous fait plonger dans l'univers de cet enfant, en s'appropriant ses mots car toute le roman est construit à partir de son point de vue, avec son langage. Au début, on peut se poser quelques questions sur la pertinence de ce choix, mais croyez moi, il est parfaitement opérant. Il en ressort une humanité, un amour incroyable entre ces deux êtres reclus. Par contre, beaucoup de questions viennent à se poser à un certain moment car l'enfant, en grandissant, voit se multiplier ses besoins. La mère va en venir immanquablement à se demander ce que va être la vie lorsqu'il sortiront... Un roman fantastique pour amateur de sensation forte.
Pièce rapportée, Hélène Lenoir, Minuit, 2011
Hélène Lenoir, c'est pour moi, d'abord une romancière audacieuse, qui ose appuyer là où ça fait mal sans concessions et avec concision ; Elle parle dans ce dernier roman d'une femme ; une femme, mère, à la fois déchirée et réveillée par la vulgarité et le narcissisme de son mari. A la faveur de l'accident d'une de ses filles qu'elle va aider à se reconstruire, elle va ouvrir les yeux et affronter cette famille pour laquelle elle n'a jamais été qu'une "pièce rapportée". Avec un art du récit, minimaliste & hachuré, elle nous fait pénétrer dans un univers étouffant, au plus près du réel...
Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard, Gallimard, 2011
La mer, les landes bretonnes, une femme solitaire (de la trempe de cette compositrice de musique contemporaine de "Villa Amalia", magistralement interprétée par Isabelle Huppert à l'écran) et l'amour intuitif qu'elle porte à un homme, son processus de détachement face au monde, aux relations humaines ; un sentiment de sérénité mais aussi d'étrangeté flotte dans ce nouveau roman, encore une fois elliptique, plein de poésie et écrit dans une langue lumineuse... Un vrai bonheur comme toujours avec Quignard !
Le rabaissement, P. Roth, Gallimard, 2011
On retrouve ici le Philippe Roth qui s'interroge sur la vieillesse, l'amour, la sexualité. Assez diront certains, encore, diront d'autres dont je fais partie: Simon Axler, comédien au faite de sa gloire, traverse soudainement une crise, "il avait perdu sa magie". S'en suit une dépression, un internement en hopital psychiatrique et la renaissance grace à l'amour de Pegeen, bien plus jeune que lui et qui cherche à se reconstruire. De bout en bout, on savoure ce dernier Roth, texte court s'il en est, forme dans laquelle il excelle. En voilà un qui mériterait le Nobel pour son œuvre.
Des garçons d'avenir, Nathalie Bauer, Philippe Rey, 2011
L'auteur, en retrouvant de vieux carnets de son grand-père où il a consigné ses souvenirs de la grande guerre, fait rejaillir son histoire, entre horreur quotidienne et grande humanité... Évidemment il y a la guerre et la pire de toute pour nous français, mais il y a aussi la vie qui est là, dans les entrailles de chacun de "ces garçons d'avenir". Car ces jeunes gens brillants soignent, courent, prennent des risques mais ils boivent, rient et aiment aussi. Entrecoupé de silences, parce qu'on ne peut pas tout dire de la guerre (et tout a été tellement dit), ce roman est tout en pudeur, et parle, à l'arrière des tranchées de la peau blanche des femmes, une particulièrement, Zouzou, personnage passionné, avec qui il correspond. Traductrice, Nathalie Bauer se révèle aussi une belle romancière...
Les dépossédés, Steve Sem-Sandberg, Robert Laffont, 2011